Une goutte donne vie, cette même goutte annonce une mélancolie, un va et vient entre le voulu et le ressenti, une vie derrière un gris, et moi je n’ai pu m’empêcher de capturer ce moment, un jour.
Une belle composition, une très belle lumière, une pose originale et une bonne idée (la mise au point sur les gouttes de pluie sur la vitre en premier plan) : autant d’atouts d’une image que j’ai trouvée tout de suite attractive. Dans les portraits comme celui-ci pourtant le spectateur rentre en dialogue avec le sujet à travers le regard, et dans cette image le regard est masqué par une goutte … je me suis alors dit «dommage»… Mais plus je regarde cette image et plus l’étrangeté de ce regard ainsi troublé a pris un nouveau sens : la lumière donne une telle présence au visage que la goutte en est pour ainsi dire «débordée». Et finalement je me dis que cette drôle d’image que j’ai crûe être une image «presque réussie» tenait en fait plus d’un pari osé, dérangeant et réussi : une belle manière d’amener le spectateur à partager ses idées ! Et c’est bien le propre de l’art : oser partager une vision personnelle du monde qui nous entoure.